samedi 7 novembre 2009

Mars 2009 - Mon dernier mois avec Isis

Dimanche 1er mars 2009

Encore dérangé par des rêves ce matin.
Jeudi, ma sœur m’a envoyé un texto. Elle voulait que je lui communique l’adresse e-mail de mon jeune frère. C’était l’anniversaire de ce dernier, 40 ans, et elle voulait lui faire signe. Je ne lui ai pas répondu. Je n’ai pas non plus souhaité son anniversaire à mon frère. Comme je l’ai écrit plus tôt, j’en ai marre de souhaiter l’anniversaire à des gens qui ne me répondent pas, qui ne me souhaitent pas le mien.
Le lendemain, j’ai pris mon téléphone pour appeler ma sœur et lui dire de vive voix ce que j’en pensais. Je suis tombé sur son répondeur. J’ai commencé à parler mais j’ai été coupé par un autre appel, auquel j’ai essayé de répondre, sans y parvenir. Je l’ai rappelée pour lui dire la fin du message.
Pour la première fois, je ne mâchais pas mes mots. J’osais lui dire ce que je pensais.
A savoir qu’il ne fallait pas, comme elle me l’avait écrit, penser que la femme de mon frère était une femme mauvaise qui le manipulait. Pour cette primaire (ma sœur) notre frère (avec lequel on partageait le même sang) était bon, tandis que sa femme était mauvaise, perverse, méchante, égoïste… Et bien sûr, elle avait perverti mon frère...
J’ai ajouté que notre frère était un grand garçon et qu’il savait prendre ses responsabilité, que nous étions tous plus ou moins déséquilibrés dans la famille et que lui avait trouvé ce moyen, la cassure avec mes parents, pour s’affirmer, prendre sa vie en main.
Je lui ai rappelé qu’il s’agissait avant tout d’un problème entre lui et sa femme d'un côté et nos parents de l'autre. Problème qui avait traîné et pourri, et n’avait jamais été réglé, et que, s’il devait être réglé un jour, ce serait à eux, les deux parties opposées, de le régler, pas à nous.
Bref, je savais que je pissais dans un violon mais ça me faisait du bien. C’était important de le lui dire, de ne pas lui faire croire – je l’ai fait trop souvent - que j’étais dans son camp, c’est-à-dire celui de mes parents. Ce qui ne veut pas dire que je suis dans celui de mon frère et de sa compagne.
Pour l’adresse e-mail, je lui ai dit que mon frère ne les lisait pas de toute façon, et qu’il n’attendait pas de marques d’affection de sa part.
J’étais plutôt content. Content d’avoir agi et parlé sans trop réfléchir, sans trop jouer la comédie, mais en exprimant ce que je pensais et ressentais.
Et le lendemain, surprise. Mon frère m’appelle.
Il avait un coup dans le nez mais savait à peu près ce qu’il disait. Je lui ai parlé d’entrée de cette histoire d’anniversaire et de notre sœur, lui ai dit pourquoi je ne me manifestais plus à l’occasion de son anniversaire. Il m’a remercié de ne pas avoir donné son adresse mail à notre sœur, et a commencé à râler. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais nous avons fini par en rire.
Il n’était pas fermé, bloqué comme il peut l’être parfois – comme je peux l’être moi aussi. Nous avons parlé un bon moment. Et pas seulement de son boulot, où du fait qu’il n’a le temps de rien, qu’il est tendu et ne pense qu’à son boulot.
Je lui ai parlé un peu de moi, d’Isis, pas d’Antoine, de mon fils, de mon travail, de ma vie en général, la coloc’, le travail psy. Et puis nous avons évoqué les relations de couple. Il semble avoir du mal à supporter sa femme en ce moment, mais le divorce ne semble plus à l’ordre du jour.
J’ai temporisé, parce que j’ai peur qu’il n'explose un jour comme une cocotte-minute, qu'il fasse du mal à sa femme ou à ses filles ou à lui-même. Je l’ai encouragé à trouver des temps de dialogue, sans colère, entre adultes responsables. Je lui ai dit que c’était la meilleure façon d’arranger les choses, de les rendre vivables si elles ne l’étaient pas, qu’il fallait penser aux enfants, à leur équilibre, ne pas leur imposer une ambiance impossible, chargée de tension, car, si l’on ne peut pas régler le problème, rendre l’ambiance respirable, mieux vaut se séparer, et j’ai ajouté qu’il existait des familles recomposées très heureuses.
J’ai appris au cours de cette conversation qu’ils faisaient déjà chambre-à-part depuis trois ans.
Preuve que je progresse, cette conversation m’a fait plus de bien que de mal. J’ai eu l’impression que nous parlions vraiment tous les deux pour la première fois, qu’il y avait un vrai lien entre nous, et qu’il fallait le garder.
D’ailleurs, je lui ai envoyé ce texto le lendemain :
« Merci pour ton appel. J’ai l’impression qu’on s’est dit des choses, qu’on a partagé des choses. On n’est pas des champions de la communication tous les deux, mais je suis heureux de la conversation d’hier. Porte-toi bien. Au plaisir d’échanger encore avec toi ».
 
Jeudi 5 mars 2009

Chaudière en panne depuis le week-end dernier chez Mohamed. Ca me poursuit. Il y a un an, j’étais déjà sans eau chaude.
Première nuit chez moi ce soir. Je dors chez Isis depuis cette panne, mais je ne peux et ne veux m’incruster chez elle. C’est à Mohamed de faire le nécessaire, pas à moi d’aller habiter ailleurs.
Avec le radiateur électrique, ça devrait aller. Quant à la douche, je n’en prendrai pas. Je me ferai une toilette de chat avec des lingettes. Demain, comme c’est notre habitude, je dormirai chez Isis.
La semaine prochaine, par contre, risque de n’être pas drôle de ce point de vue. Isis part pour une semaine à Rouen. Elle part dimanche et rentre vendredi. Avant d’acheter un stock de lingettes ou de trouver une autre solution, j’espère que Mohamed va se bouger les fesses pour régler le problème.
Encore dérangé par des rêves dans la nuit de dimanche à lundi.
Diner avec Emilie lundi soir. Pas cher, parce qu’elle a passé une tranche de l’impôt sur le revenu. Ca lui a fait un choc fin 2008 quand il a fallu payer ce qu’il manquait. Maintenant, elle économise pour retrouver le niveau de réserves qu’elle avait avant.
Un moment agréable, ce repas. On se raconte des choses qu’on ne peut dire à personne d’autre. Elle m’a parlé de son chéri - avec lequel elle va s’installer bientôt -, et moi, je lui ai raconté mon aventure avec Antoine.
Amour lundi soir avec Isis. Ca faisait longtemps. Et, encore une fois, elle a joui avec ma queue. Nous progressons. Cela m’a fait beaucoup de bien de la retrouver.
Bonne séance psy mercredi. Et, à part ça, pas grand-chose. Petite forme aujourd’hui. Pas très envie de vivre. Je trouve ça fatiguant de vivre, frustrant et pas très drôle. Mais je vais continuer. On ne sait jamais. Ca peut s’arranger. Et puis, je n’ai rien de mieux à faire.
 
Vendredi 6 mars 2009

Choses non signalées:
Médecin mercredi (il y a dix jours). Problème de miction.
Cela faisait plusieurs mois que j’avais du mal à pisser. Pour être plus précis, mon jet d’urine manquait de pression. Je me disais que cela avait peut-être un rapport avec mes pratiques anales et je laissais passer du temps pour voir si ça allait s’arranger. Mais ça ne s’est pas arrangé. Des souvenirs d’enfance me revenaient, quand on a la vessie bien pleine et qu’on s’amuse à pisser le plus loin. Là, c’était l’inverse, chaque fois que j’avais dû me retenir, à cause d’une réunion, d’un spectacle ou d’autre chose, c’était l’enfer aux toilettes: le ventre gonflé et la pisse qui sort au ralenti. C’est ça surtout qui m’a inquiété.
Le médecin, jolie trentenaire, m’a tout expliqué. Ca pouvait être des résidus dans le fond de la vessie, ou alors c'était la prostate qui comprimait l’urètre. Elle m’a prescrit des analyses de sang et d'urine, ainsi qu'une échographie de la vessie et de la prostate. Pour la vessie, c’est externe, m’a-t-elle précisé, mais pour la prostate, c’est plus embêtant… J’ai failli lui demander le diamètre de l’objet que l’on allait m’enfoncer dans l’anus, pour lui dire ensuite avec un sourire : « Non, ça va, c’est dans mes cordes. Je peux recevoir des choses bien plus grosses vous savez… » J'ai préféré me taire. Et je retournerai voir ce joli médecin quand j’aurai les résultats de mes examens.
Che – 2e partie vendredi dernier. Ce que j’en ai retenu est que ça a beaucoup moins bien marché pour lui en Bolivie qu’à Cuba.
Slumdog millionaire samedi. Un début qui bouge bien, une première partie agréable. Une deuxième partie plus ordinaire, sans surprise, un peu répétitive, entre les questions de Qui Veut Gagner des Millions et la suite de l’action. Un beau film malgré tout, que je qualifierais d’hollywoodien.
Ai apprécié le générique, quand les comédiens dansent sur les quais comme dans une comédie musicale. J’avais l’impression qu’ils nous disaient : « C’était un film ! Un spectacle ! La fête est finie ! Au revoir ! Au revoir ! » J’ai trouvé ça rigolo, et touchant comme lorsque les artistes saluent sur la scène à la fin d’un spectacle. Pour le coup, ce n'était plus du tout hollywoodien.
Conversation dimanche avec mon fils. Daniel, son beau-père, m’avait mis la puce à l’oreille. Il était sorti pendant que mon fils allait chercher son vélo au garage. Mon Ex était là aussi, mais c’est lui qui a pris la parole. Il s’est lâché un peu et ça a eu l’air de lui faire du bien. Je l’ai beaucoup apprécié dans ce moment-là. Poli, prévenant, mais lâchant ce qu’il avait sur le cœur. D’après ce que je comprenais, je devais parler avec mon fils, apprendre à parler avec lui, parce que ce dernier ne me disait rien mais s’exprimait à la maison. Notamment au sujet du voyage qui était prévu en avril pour rendre visite à mes parents et qui l’angoissait. Il n’avait pas envie d’y aller. Daniel a laissé entendre aussi que parfois, après que l’on se soit vus, mon fils rentre « fermé », pas bien chez lui.
Ma réaction à tout cela m’a étonné. Je n’ai pas fui. Je ne me suis pas senti attaqué, ni en faute. Je me suis surpris à écouter le beau-père sereinement, pas chagriné par ce que j’entendais, mais lucide et plein d’énergie pour résoudre le problème. Cela m’a réconforté et fait penser à nouveau que je ne donnais pas 70 euros par semaine à ma psy pour rien.
Durant notre promenade à vélo, longue et agréable, j’ai tenté d’installer le dialogue. J’avais pensé à d’autres choses depuis les aveux de Daniel, et je ne voulais pas me focaliser sur ce séjour chez mes parents. J'ai parlé de ma situation, la colocation, SDF de luxe, mais SDF. Lui ai dit que la première chose à faire s’il se posait des questions - sur moi, mes choix de vie - était de me les poser, sans avoir peur de me blesser, que cela provoquera une discution, des éclaircissements qui nous feront le plus grand bien à tous les deux.
Nous avons repris la route et, un peu plus loin, un peu plus tard surtout, je lui ai demandé si, après réflexion, il se posait des questions à mon sujet. Il ne s’en posait pas, tout allait bien. Je n’en crois rien. Avant que l’on se quitte, je lui ai demandé de réfléchir à ce qui l’angoissait dans le fait d’aller rendre visite à mes parents. Ai insisté en lui disant que j’avais besoin de le savoir pour organiser au mieux notre séjour, pour que nous puissions le vivre au mieux, aussi bien lui et moi. Et je l'ai encouragé à penser à tout cela, en ajoutant qu’on en reparlerait mercredi.
Nous sommes allés faire une course (mercredi). Il voulait s’acheter un DVD. Ca tombait bien. Il pleuvait et j’étais prêt à annuler notre rendez-vous. Je ne savais vraiment pas ce que nous pouvions faire. Surtout que depuis que nous n’habitons plus la même ville et qu’il passe la moitié de l’après-midi à faire ses devoirs, nous n'avons plus le temps d’aller au ciné ou de regarder un DVD. Et s'il pleut, on est dans la merde. Bref, nous sommes allés au centre commercial et nous avons trouvé son DVD. Moi, j’ai acheté six verres et deux oreillers pour Isis.
Pour ce qui est du séjour chez mes parents, c’est assez simple. C’est ce qui m’angoisse moi aussi qui l’angoisse. A savoir les moments pourris, les moments de tension, quand l’air devient irrespirable. Je l’ai rassuré en lui disant que nous ne passerions que deux jours sur place, et que l’un des deux jours serait consacré à l’Histoire. Il aime l’Histoire. Donc, Bourbon l’Archambault si nous sommes du côté de Moulins, et Gergovie si nous sommes à Clermont Ferrand. Pour le second jour, à nous de nous bouger les fesses, de trouver un truc à faire. Si nous ne passions qu’un jour avec eux, nous aurions droit aux plaintes de ma mère qui dirait que, pour si peu de temps, ça ne valait pas la peine de venir. Pour les moments de tensions, nous avons conclu un pacte. Si l’un ou l’autre (ou les deux) on ressent cela, nous avons convenu de nous faire un signe, de nous parler et de fuir sur le champ les mauvaises ondes. C’est un beau pacte mais, si ça arrivait à table, je ne sais pas si j’aurais le courage d’aller faire un tour avec mon fils en plein milieu du repas. Il faudrait que j’aie le courage. Je m’en rends compte en écrivant.
 
Samedi 7 mars 2009 – 10h30

Je viens de passer chez Dalila pour lui prêter deux Houellebecq. On avait parlé littérature quand avec Isis on était allé diner chez eux – le jour où Julie s’était retrouvée enfermée dans la salle de bain. Dalila n’avait pas lu La possibilité d’une île, et je lui avais signalé un autre livre de Houellebecq, que j’avais trouvé très bien, moins connu : Extension du domaine de la lutte. J’avais trouvé ce petit livre très drôle. Très noir et très drôle. L’humour compensant l’univers désespéré et désespérant du livre. J’avais adoré le style de Houellebecq dans ce livre et j’en faisais la promotion ce soir-là.
Dalila m’a proposé un café mais j’ai refusé. Elle avait l’air de se réveiller et je ne voulais pas la déranger. Je ne voulais pas non plus être dérangé moi-même par ce que j’avais imaginé la dernière fois lorsque l’on s’était vu. Tout en parlant littérature, immanquablement, j’aurais pensé à d’autres choses.
Pour Isis, j’ai retrouvé dans mes cartons le dernier Modiano. Le meilleur livre que j’ai lu ces dernières années. Et un livre parlant de la sagesse des anciens. Celle des amérindiens. Un livre que j’ai pris un jour chez mes parents et qui appartient à ma sœur. Un livre que j’ai lu avec bonheur et qui m’a conforté dans ma philosophie et ma démarche artistique, qui va dans le sens de ce que j’appelle la nouvelle "religion".
Cette idée de partager ces livres avec Dalila et Isis m’a motivé pour ouvrir mes cartons. Depuis le temps que je pensais qu’ils étaient trop fermés, que cela m’angoissait, comme si j’étais fermé moi-même, comme eux. Cependant, en les ouvrant, je risquais d’être envahi, d’avoir trop de livres autour de moi. Et je n’en avais pas envie.
Bref, cette histoire de partage littéraire m’a bien facilité les choses. J’en ai profité pour faire du tri entre les livres que je voulais garder et ceux que j’allais vendre sur Priceminister, un de ces jours, dès que j’en aurais le courage.
Duchamp a fait un pied de nez à l’expression : « une porte doit être ouverte ou fermée ». J’ai fait la même chose avec mes cartons. Je les sens ouverts maintenant, qui respirent. Je me sens à nouveau proche de mes livres sans me laisser polluer pour autant par leur présence.
Ouvrir ces cartons m’a pris comme une envie de pisser avant-hier, et ne m’a coûté aucune énergie, que du plaisir. J’ai fait ça en deux jours, entre deux cours. C’est vraiment bon quand les choses se passent ainsi. Mais c’est rare.
J’ai retrouvé un peu de sérénité depuis jeudi - quand je n’avais plus de goût à vivre. Cela est dû en partie à un livre que j’ai vu dans un magazine d’Isis, Les Nouvelles Clés. Il s’agit de méditation. Une interview de Matthieu Ricard qui dit que la méditation peut être aussi laïque. Et que nous ferions bien de l’utiliser comme telle. Ca a fait tilt dans la tête.
Depuis de longues années, il m’arrive de méditer. Mais je fais ça à ma façon, à plat dos la plupart du temps, avant une sieste, comme une relaxation quand je ne vais pas bien et que je dois assumer des cours ou d’autres choses. Je m’offre alors un massage de tout le corps, cervelle comprise, avec le mouvement de ma respiration. Physiquement, on la ressent très bien au niveau du plexus et des viscères. Et, avec un peu d’imagination, ce massage peut aller beaucoup plus loin, oxygéner et nettoyer le corps dans son ensemble.
J’essaie aussi lors de ces séances de ne pas me laisser attraper par les pensées qui me traversent l’esprit. J’essaie de les laisser passer comme les nuages, de les laisser vivre leur vie sans moi. Ce qui n’est pas toujours facile. Il m’arrive de regarder les couleurs aussi, les formes et les lumières sur l’écran de mes paupières fermées. Une sorte de cinéma bizarre, mais pas désagréable.
Je fais cela depuis longtemps, de temps en temps, mais je n’ai jamais approfondi le sujet. Depuis le collège en fait, quand des personnes sont venues en cours d’EPS nous faire ressentir ces choses. Un relâchement complet, sur le goudron du gymnase, on visualisait un petit point que l'on promenait doucement dans toutes les parties de notre corps. Partout où il passait, il était sensé nous détendre, nous aider à nous relâcher. Respiration et petit point, ce fut le début.
Je n’ai jamais approfondi le sujet parce que, justement, trop lié au bouddhisme, pas assez laïque. La seule fois où je me suis engagé pour aller un peu plus loin, c’était avec Florence, il y a près de vingt ans. On allait méditer en groupe devant la tête d’un « sage ». J’avais même dessiné cette tête pour pouvoir continuer les exercices à la maison - ce devait être l’époque à laquelle je me disais : « Pourquoi pas ? Je suis peut-être peintre ? » Après deux séances, Florence avait pris peur. Elle trouvait que nous avions mis les pieds dans une secte. Je n’avais pas eu peur, mais, comme elle, j’avais senti quelque chose d'un peu limite. Nous avions arrêté.
En résumé, donc, ce qui me fait du bien en ce moment, c’est de penser que je vais acheter ce livre de Matthieu Ricard et que je vais trouver enfin une activité, autre que l’écriture et mon métier, qui me convienne. Et je le sens bien, parce que cette pratique m’a toujours attiré. J’ai toujours pensé qu’elle pouvait remplacer un sport, une activité physique, bien que je ne m’y sois jamais engagé, à cause, justement, de ce côté non-laïque.
En discutant cinq minutes avec Dalila ce matin, je me suis aperçu qu’aucun auteur actuel ne m’intéressait, à part Angot et Houellebecq. Sollers est dans un carton. Et je me suis dit que si je n’attendais mon bonheur littéraire que de ces deux là, je pouvais attendre longtemps, et souffrir longtemps aussi en attendant. En conséquence, j’ai pensé à Léautaud, c’est déjà ça, et dans mes cartons, j’ai retrouvé les Cahiers de Cioran qui peuvent m’être d’un grand secours. Je le lis à chaque fois que ça ne va pas - vraiment pas -, que je n'ai rien à lire. Je le picore depuis des années. J’en suis à peine à la moitié. En ajoutant Saint Simon, me dis-je, et le Journal de Jules Renard, peut-être que je peux trouver une espèce d’équilibre, pour ne pas dire une espèce de bonheur. C’est Marcel, le mari de la belle Odette, qui m’a parlé de ce journal - qui est un livre important pour lui. Quand il m’en a parlé, je lui ai dit : « Coïncidence ! J’ai passé mon enfance rue Jules Renard dans la banlieue de Nevers, et, après avoir voulu écrire comme tout le monde, je me suis découvert diariste… » Une sorte de signe? En plus, comme vous le savez, je me suis senti bien avec ces gens à Toulouse. Voilà pourquoi j’ai envie d’acheter et de lire ce Journal. Si vous ajoutez à cela la méditation, je passe d’un jour (jeudi) où je n’ai plus envie de vivre à aujourd’hui, où je suis plein d’espoir et d’énergie.
Pas de nouvelles d’Antoine. Je lui écrirai aujourd’hui ou demain. J’espère qu’il voudra bien me voir lundi ou mercredi.
Je craque à nouveau pour la femme que je pensais au début être une instit’ au café à côté de la gare de Rosny, et, comme d’habitude, je pense à lui laisser un mot. Un truc du genre : « Chaque fois que je vous vois, vous m’attirez. Si vous voulez en parler... Voici mes coordonnées... » Je vais attendre. Mais j’ai l’impression qu’il me faudrait une femme, en plus d’Isis, une coquine, parce qu’Isis n’est pas très coquine et ne changera pas. Et, si je pense à cette femme complémentaire, c’est à elle que je pense, à celle du café. Je lui plais, c’est sûr. Mais, est-ce que je lui plais pour faire des coquineries ou pour vivre une histoire d’amour ? J'ai l'impression que pour elle, il n'y a pas de doute, que c'est l'histoire d'amour qui l'intéresse, le truc sérieux. Ce doit être pour ça que je ne m'en approche pas trop. J’aimerais aussi avoir un homme en plus d’Antoine. Un homme qui m’attraperait et me ferait jouir par le cul comme Antoine ne le fera jamais.
 
Lundi 9 mars 2009

Une petite pointe dans le cœur samedi en début d’après-midi. Mon fils m’a appelé pour me dire qu’il n’était pas disponible dimanche. Quand je lui ai demandé s’il voulait que l’on se voie cet après-midi, il m’a dit non, qu’il avait des devoirs.
Tour Eiffel et bateau-mouche…
C’est là que j’ai pris conscience que je devenais un père biologique. Peut-être que je l’étais déjà avant sans m’en rendre compte. Là, je m’en suis bien rendu compte. Il n’y est pour rien et moi non plus. C’est comme ça. J’ai fait des choix de vie et je dois les assumer.
Notre relation n’en sera que plus précieuse plus tard, parce que plus rare - et parce que j’ai peur de le perdre, parce que je ne veux pas le perdre, perdre ce qui nous lie. Vais m’occuper de ça sérieusement.
Est-ce pour ça que j’ai bu ce week-end ? Peut-être.
Mais aussi parce qu’Isis était occupée samedi soir. Une bouffe avec pleins d’enfants. Je devais la rejoindre ensuite. Mais, après réflexion, je l’ai appelée pour lui dire que je ne viendrai pas, que nous allions être tous les deux dans des ambiances différentes et que ça risquait de ne pas coller entre nous, que je n’avais pas envie de passer un mauvais moment avec elle avant son départ. Dimanche, à 15h, je l’ai emmenée à la gare Saint Lazare. Elle partait à Rouen pour une semaine.
Ai bu six bières entre 17h et 23h samedi, avec une pause pour aller dîner chez moi. Sept hier, mais j’ai commencé à 20h. Ecriture et alcool ne font pas bon ménage. J’avais emmené mon ordinateur. On écrit, l’esprit s’échauffe et les émotions partent en vrilles... En plus, la serveuse me rappelait quelqu’un, et, quand j’ai entendu son prénom, j’ai osé le lui demandé. Oui, elle avait été mon élève il y a dix ans. Les retours dans le passé ne font pas bon ménage avec l’alcool non plus...
Je n’avais pas l’impression d’être saoul quand je suis rentré chez moi. Mais, ce matin, cela ne faisait aucun doute, j’avais trop bu. Heureusement, je ne travaillais pas.
Une phrase qui m’a plu. Entendue dimanche à 14h45 sur France Culture, dans ma voiture, alors que j’allais chez Isis pour l’emmener à la gare :
« Relancer la machinerie de l’imaginaire pour que les images ne se figent pas ».
Je l’ai trouvée belle. Une belle sonorité. Alors que je trouvais la femme qui parlait, une écrivaine, plutôt précieuse et pas très intéressante.
 
Mardi 10 mars 2009 - 08h05

Au café en face de la gare.
Je suis revenu ici pour voir la patronne. Sympa, vivante. Elle m'avait demandé la dernière fois pourquoi on ne me voyait plus. Je sais depuis qu'elle est là le mardi et le jeudi. J'irai donc la voir de temps en temps ces jours-là.
C'est une bonne idée d'être venu ici. C'est un café plus lumineux et ouvert que l'Exceltio, donc plus agréable le matin. Sauf que ça me fait faire un détour de venir ici.
L'alcool a été positif samedi. J'ai réussi à faire des choses, notamment à parler de tout ce dont j'avais envie de parler dans ce Journal. Le dimanche, par contre, ce fut moins bien. J'ai pris des notes, pensé à plein de choses, mais quand j'ai relu le tout hier, c'était à chier, il n'y avait rien à en tirer. En plus, contrairement à ce que j'espérais, Féline n'était pas sur le web, alors que j'étais enfin décidé à "chatter". D'après les deux mots que nous avons échangés dimanche, je crois qu'elle a rencontré quelqu'un ou vécu une aventure passionnante.
Bref, je me suis activé du mieux que j'ai pu malgré les restes d'alcool qui me traînaient dans le corps et la tête. Et ça a marché. J'ai fait des choses utiles. Sans grand plaisir, de façon volontaire, mais au moins je les ai faites. Le balai dans ma chambre par exemple. Je crois que la dernière fois que je l'ai passé, c'est quand j'ai emménagé, en décembre. Et la veille, dimanche, je m'étais occupé de l'escalier.
Un bon cours l'après-midi puis deux bières au café. Je ne m'y suis pas attardé. J’avais emmené avec moi Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines de Charles Bukowski. Mais je ne peux plus lire ce genre de chose, je ne peux plus lire Bukowski en général – même s’il a été mon dieu à une époque. Le lire me rend triste. Je suis rentré chez moi pour écrire et manger et ne pas picoler encore.
J’ai mangé et je suis retourné au café. Deux cafés plus une macieira. Ca m’a fait du bien, remis les idées en place sans me saouler – ce qui n’empêche que je préfèrerais avoir le moins souvent possible besoin de ce genre de médicament. Je me suis couché à 21h avec Léautaud.
J’ai passé un très bon moment avec lui, entrecoupé d’un appel à Isis pour savoir comment s’était passée cette première journée. Retrouver Léautaud dans son Journal était d’autant meilleur que j’avais passé des moments tout à fait moyens récemment en lisant Le petit ouvrage inachevé - acheté à Toulouse. C'était même vraiment mauvais à côté de ce que j’ai lu hier.
Je viens de m’apercevoir, en regardant mon emploi du temps, que j’aurais pu rester une demi-heure de plus au lit. Vais prendre mon temps pour tenir ce journal.
Antoine a fini par me faire signe dimanche. J’ai cru comprendre qu’il n’était pas dispo lundi mais qu’il avait un plan pour mercredi, avec un amant à lui, « Total Trav » il avait écrit. « Pourquoi pas, lui avais-je répondu, en tant que voyeur au début, puis peut-être acteur, je pourrais prendre des photos aussi... »
Vais relire les sms pour mieux me souvenir, et peut-être que je les inclurai dans la version définitive de ce journal.
Oui, je vais les mettre. Cela me fera moins de choses à raconter. Et mercredi, je crois que je vais voir Antoine après qu’il aura vu son autre amant, vers 21h. Je ne sais pas comment il fait pour voir deux amants à la suite, pour jouir plusieurs fois de suite. Moi, je préfère ne jouir qu’une fois, mais le plus pleinement possible.
Sms de dimanche :
Moi : « Je suis libre lundi et mercredi. Tu me diras si tu as envie qu’on se voie. Biz ».
Lui : « Merci pour ton message. Vais voir pour demain, c’est pas encore sûr. Mercredi, j’ai un pote régulier, en total Trav. A trois, ça te tenterait ? »
Moi:« Pourquoi pas ? Mais plutôt voyeur au début, pour m’habituer… »
Moi encore : « Quand je dis « au début », c’est au début de la soirée. Je peux être acteur aussi ensuite. Et photographe, pourquoi pas ? Tu me diras ».
Lui: « Si tu veux. Je lui en parle demain. Il est là pour deux jours. On adore se monter des scénarios pour nos plans sexe, quand je fais la femelle au lit ! »
Moi: « C’est parfait. Ca me plaît. Biz ».
Lui: « Super ! Mais ce serait total TRAV. C’est un pote depuis cinq ans. J’aimerais bien un plan où tu offres ta salope à un hétéro bon niqueur qui aime la chatte et le sexe. »
Lui encore : « Pour commencer, tu pourrais me rouler des pelles et m’exciter le téton pendant qu’il me lèche et me suce. Lui aussi sait comment me faire jouir la chatte avec son doigt. Après, tu me mets ta langue pendant que je le suce. Et il m’enfile ensuite devant toi sur la table ! »
Sms de lundi :
Lui : « Aie aie il veut pour la première fois faire le voyeur aussi ! Je le vois demain et on va en parler. Mais sinon, tu peux venir après lui pour me finir ? »
Moi : « Pourquoi pas. Faites comme cela vous plaît à tous les deux. Moi, je ne me vois pas faire l’amour avec toi devant lui. Je peux donc passer après. On peut aussi se voir dans une semaine. Tu me diras. Biz ».
Lui : « Et ce soir sinon, ça ferait trop juste pour toi ? Ou mercredi vers 21h ?
Moi : « Ce soir, je pensais que tu n’étais pas disponible. Me suis organisé autrement. Si tu as envie de me voir, mercredi à 21h, je serai là. A bientôt ».
 
Mercredi 11 mars 2009

Mal-être moyennement géré avec Bellamy hier midi. Pas très drôle, filmé de façon étouffante – sûrement pour donner du poids aux propos du film. Pas vraiment ce qu’il me fallait. Une bière ensuite avant de me bouger le cul pour faire des choses utiles. Une méditation-sieste de vingt minutes puis travail jusqu’à 22h. Un kebab et une bière avant de m’endormir.
Bellamy. Ai beaucoup apprécié le travail de Chabrol et des acteurs, sauf Clovis Cornillac que j’ai trouvé moyen, peu crédible dans le rôle du jeune frère alcoolique plein de rancœur; Jacques Gamblin, par contre, super!
Bonne séance psy, qui m’a fait beaucoup de bien après ces deux jours de malaise. Skate-park avec mon fils, sous le soleil. Comme on a peu de temps le mercredi, comme nous n’habitons plus la même ville, je lui ai proposé - sur le conseil de ma psy - que nous mangions ensemble désormais le mercredi midi. On se voit, on se parle. Une promenade digestive ensuite ou autre chose ou rien. Il aura plus de temps pour lui, PS2 en plus de ses devoirs ? Et on ne se demandera pas toujours : "qu’est-ce qu’on fait ?" comme si on allait « tuer » du temps tous les deux.
Ma psy m’a laissé entendre que « père biologique », c’était un peu exagéré. Je le savais. Mais c’était pour exprimer mon sentiment, me motiver pour trouver de meilleures solutions lorsque l’on se voyait, parce qu’il avait grandi, parce qu’on n’allait plus à la patinoire, parce qu’il était ce que j’avais de plus important au monde et qu’il était hors de question de gâcher quoi que ce soit. Je devais faire de mon mieux. Absolument. Et m’adapter aux changements constatés.
 
Jeudi 12 mars 2009

Je viens de recevoir le livre de Matthieu Ricard, L’art de la méditation.
En exergue de l’avant-propos, cette phrase de Gandhi :
« Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde. »
Cela me plaît. Cela me convient. C’est un peu ce que j’essaie de faire avec ce journal, avec ma vie en général.
Un peu plus loin, Matthieu Ricard nous donne le sens de la méditation :
« Se transformer intérieurement en entraînant son esprit est la plus passionnante des aventures. Et c’est le véritable sens de la méditation. »
Se transformer intérieurement. C’est aussi ce que j’essaie de faire, mais sans y parvenir.
Plus loin encore :
« Depuis une dizaine d’années, je participe également à plusieurs programmes de recherches scientifiques qui visent à mettre en évidence les effets de la méditation pratiquée sur de longues durées. Il en ressort qu’il est possible de développer considérablement des qualités telles que l’attention, l’équilibre émotionnel, l’altruisme et la paix intérieure. »
Je suis preneur. Surtout pour l’équilibre émotionnel.
Ensuite :
« D’autres études ont également démontré les bienfaits qui découlent de vingt minutes de méditation quotidienne pratiquée pendant six à huit semaines : diminution de l’anxiété et de la vulnérabilité à la douleur, de la tendance à la dépression et à la colère, renforcement de l’attention, du système immunitaire et du bien être en général. »
C’est tout à fait ce qu’il me faut. Diminution de l’anxiété, de la tendance à la dépression.
Antoine était dispo le soir. Nous nous sommes retrouvés à 20h30. En fait, il avait vu son ami la veille et, d’après ce qu’il m’a dit, il l’avait épuisé. Je lui ai dit que peut-être son ami avait eu sa dose de plaisir et qu’il préférait faire autre chose ce soir, comme par exemple regarder le match Lyon-Barcelone.
Je prends vraiment beaucoup de plaisir avec Antoine. C’est différent à chaque rendez-vous. On se connait mieux. Et on continue d’apprendre à se connaitre.
Pour ne pas me faire avoir comme les autres fois, j’avais mangé à 18h30. Et ça a marché. J’étais clair malgré plusieurs whiskys. Je trouvais que le film porno à la télé ne collait pas avec ce que nous faisions. Je lui ai demandé de changer, et nous avons fait l’amour devant un téléfilm où jouait la belle Marie Bunel, que je venais de voir dans Bellamy. Elle était beaucoup plus belle et désirable dans Bellamy.
Problème d’ivresse réglé, donc. Et la prochaine fois, je réglerai le problème de la pénétration.
Au début, quand on se retrouve, on fait des choses, et je suis suffisamment excité et dur pour le pénétrer. Mais je trouve que c’est trop tôt. Je le fais jouir avec mes doigts, ma bouche. Je trouve cela très agréable de le faire jouir, très valorisant. On fait une pause ensuite, on discute, il me pose des questions, me raconte des choses sur lui. C’est le moment psy. Moi, je me dis que dans cette ambiance, je ne vais pas pouvoir rebander et le pénétrer comme j’avais prévu de le faire. Je m’angoisse pour rien, je me mets mal à l’aise pour rien.
Et puis je le caresse comme s’il était une femme. Il avait mis hier (il m’avait demandé mon avis avant) un porte-jarretelles, une mini jupe et pas de culotte - une guêpière pour être plus précis. Et cela me plaît de le caresser. Cela me dérange mais me plaît. Et nous refaisons l’amour. Je bande bien sûr, mais pas assez dur pour l'enculer. Il jouit tandis que je m’excite avec lui. J’ai envie de jouir moi aussi, mais je ne sais pas comment. Il a alors une très belle idée. Il me dit : « J’ai envie de boire ton jus ». J’hésite, je réfléchis, et puis je trouve que c’est une bonne idée. Quelque chose bloque encore en moi. Je ne sais pas ce que c’est. Probablement ma vieille peur de me découvrir homosexuel. Cela m’empêche de l’enculer, mais ça m’empêche aussi de jouir dans sa bouche. Je me laisse sucer et parfois je me retire pour me branler. Second bon mot de la soirée pour lui, il me dit que cela lui plaît de me regarder me branler. Je vais de sa bouche à ma main. Et puis, quand je sens que c’est là, je lui enfonce ma bite dans la gorge je jouis.
Sms de mercredi :
Moi : « Ca marche pour ce soir, 21h ? »
Lui : « Je te confirme d’ici une heure. Ai des petits soucis au bureau ».
Lui encore : « Ok pour ce soir vers 20h, 20h30 si tu veux. J’ai été un peu trop gourmande et cochonne avec ce copain hier soir. Il vient d’annuler notre rendez-vous. Ok pour toi ? »
M : « Ok pour 20h30. Et toi, tu n’es pas épuisé ? » 
L : « Pas trop au contraire. J’ai taillé une pipe à un copain vers 13h et une autre vers 18h30. Je te réserve ma petite chatte et mes tétons pour plus tard ! »
M : « Super ! »
L : « Oui, je me sens encore bien salope aujourd’hui ! J’espère ne pas te choquer ? »
M : « Non, tu ne me choques pas. A tout à l’heure ».
L : « Tu as envie de quoi ce soir ? »
M : « Porte-jarretelles, mini jupe, pas de culotte. Et tu me suces quand j’arrive. Peux plus trop écrire maintenant. Biz ».
L : « Ok sans culotte ! Tu es vraiment un cochon toi ! J’adore avoir la chatte à l’air, c’est meilleur pour se faire lécher comme une coquine ! »
Et à 23h36, après l’amour :
L : « Merci très cher... Ce petit goût salé si secret et si délicieux… J’en veux encore. Rentre bien et fais de doux rêves. Bonne nuit ! »
M : « Bonne nuit à toi aussi ».
 
Vendredi 13 mars 2009

Chez Mohamed, nous avons à nouveau de l’eau chaude depuis mercredi soir. Cela fait du bien. Ai utilisé, depuis le départ d’Isis, la technique lingette.
Encore des rêves dérangeants cette nuit.
La dernière fois, la dernière image dont je me souviens, c’était que j’avais éjaculé sur la joue de mon fils. Une grosse flaque de sperme sur sa joue droite. Croyez-moi, ce genre de chose quand on se réveille, ça fait bizarre. Tellement bizarre que je n’en ai même pas parlé à ma psy ni dans ce journal.
Ce matin, il m’est arrivé la même mésaventure avec mon frère aîné. Il était à plat ventre, nu. J’étais à genoux à côté de lui et je lui branlais le cul. Avec deux doigts, franchement (et il aimait ça) comme j’aurais pu le faire avec mon propre cul, pas avec celui d’Antoine qui préfère un seul doigt, qui jouit avec ce qui se passe à l’intérieur, pas avec la sensation d’élargissement.
Bref, après ces menus détails, sachez que, comme le rêve avec mon fils, ça secoue.
L’effet Antoine semble puissant...
Je me sens déprimé aujourd’hui. N’ai pas envie de vivre cette journée. Persuadé que je suis que rien ne va m’amuser. Que rien ne va me plaire. Zone de turbulence. Vivement que ça passe.
J’ai de plus en plus envie d'un mini portable. Par exemple, ce matin, j’ai une heure vide. Je me dis qu’avec un mini portable, je l’aurais occupée avec bonheur. J’ai l’impression que je pourrais gagner du temps avec cet outil, du temps pour mon travail d’écrivain, avoir grâce à lui une vie plus fluide et agréable. Avec internet en plus, par l’intermédiaire de mon téléphone, Ce serait vraiment parfait. Des vidéos pour mon boulot, de l’écriture, des contacts plus fréquents avec le site libertin.
Discipline :
Temps passé au café remplacé par la lecture du livre de Matthieu Ricard. Puis par la méditation.
Aller au bistrot seulement pour écrire, en buvant du café. Ne pas y aller pour boire de la bière.
Huit heures de sommeil. Ni plus, ni moins.
 
Samedi 14 mars 2009

Pas d’alcool hier, cela faisait longtemps.
De belles retrouvailles avec Isis. Je lui ai dit mes doutes, et un peu ma souffrance quant à sa froideur, son côté peu démonstratif d’amour et de tendresse, sauf quand nous dormons ensemble. Là, je la sens amoureuse, heureuse d’être avec moi. Et je m’en suis trouvé rasséréné.
On s’est couché sagement. Elle était fatiguée. Et puis, comme elle ne dormait pas, et que moi non plus je ne dormais pas, nous nous sommes caressés et puis…
 
Lundi 16 mars 2009

La discipline a commencé samedi matin. Huit heures de sommeil. Ai eu le temps de faire plein de choses, ma première séance de méditation par exemple. Je me trouvais assez avancé dans le livre pour tenter l’aventure.
Je me suis assis au bord de mon lit – parce que je suis fragile des genoux et parce que je n’avais pas envie de trop souffrir - et je me suis retrouvé comme une poule avec un couteau. Je me suis aperçu que ce que j’avais fait jusqu’à présent ressemblait plus à de la relaxation qu'à de la méditation. Mais je ne me suis pas démotivé. Même maladroit, je suis allé au bout des vingt minutes que je m’étais fixé.
Le soir, nous allions chez Bertrand, qui organisait une soirée. Entre 19h et minuit, on arrivait quand on voulait et on amenait quelque chose à boire et à manger.
Pas le genre que truc que j'affectionne mais je ne regrette pas. Je fus heureux de retrouver une personne que j’avais connue il y a un peu moins de trente ans et que j’avais perdue de vue depuis un peu moins de vingt. Rien n’avait changé. On était pareil. Et je vais sûrement le revoir à l’occasion. Il est caméraman et s’intéresse à la réalisation, il a un projet personnel sur internet. Si mon fils de change pas d’avis – en ce moment, il veut devenir réalisateur - on se reverra pour qu’il puisse lui poser des questions. Je lui en ai parlé durant la soirée.
La seconde chose intéressante est une femme qui savait que j’écrivais et qui voulait en savoir plus. Je lui ai expliqué un peu ma démarche et, en fin de soirée, comme je la trouvais sincère, je lui ai donné l’adresse du blog où je publie des mois entiers de journal corrigé. Je lui ai rappelé qu’elle devait tenir sa langue, parce que je ne tenais pas à ce que des gens de mon ancien milieu se gaussent de mon expérience artistique.
Le côté négatif de la soirée fut, comme d’habitude, le fait d ne pas être à l’aise, stressé. Et le côté encore plus négatif – je ne m’en suis rendu compte que le lendemain – fut l'alcool, encore une fois.
Je n’étais pas saoul, loin de là, mais j’avais eu envie de goûter à toutes sortes de vins et, au réveil, chez Isis, j’avais très mal au crâne. J’ai bu un verre d’eau et attendu que ça passe. Elle venait de se lever pour aller travailler au marché. Elle m’a donné un cachet. Un truc bio, aux herbes probablement. Ca ne m’a pas du tout réussi.
Je me suis levé en me disant que ça allait me faire du bien d’être debout. Je ne pensais pas que j’allais gerber. C’est venu rapidement. Si rapidement qu’à deux mètres de l’évier, je me suis mis la main devant la bouche et que c'est parti en feu d’artifice.
En reprenant mes esprits, j’ai commencé par vider et laver l’évier. Puis, regardant autour de moi, j’ai essayé de ne pas me décourager. Sur un cercle de presque deux mètres de diamètre à peu près, il y en avait partout. Sur la porte du réfrigérateur à droite, les portes vitrées du meuble au-dessus de l’évier, sur le sol, sur un meuble à gauche et sur la cuisinière, sur le mur au-dessus de la cuisinière.
Isis s’apprêtait à partir. En évitant de réfléchir, j’ai pris une éponge et commencé d’effacer ce mauvais souvenir. Et j’ai fini par y arriver, par aller me recoucher satisfait. Isis me dira le soir - sans chercher à me culpabiliser - qu'elle avait dû l’après-midi s'occuper des finitions.
La Défense avec mon fils. J’avais organisé cela sous forme de mystère. Je ne voulais pas qu’il refuse ou émette des réserves. Je ne voulais pas non plus que sa mère ou son beau-père, qui aiment plus la verdure que l’architecture, influencent mon fils négativement.
Bref, il m’a fait confiance et, alors qu’on traversait Paris et qu’il me posait des questions, je lui ai dit qu’on allait voir une araignée géante. Rouge de surcroît. Ca l’a calmé pour un moment. Mais, quand on est sorti du RER et que je l’ai emmené sous les pattes de l’araignée rouge, ça n’a pas fait l’effet sur lequel je comptais.
On est allé au pied de la tour EDF. Plutôt jolie, bâtie comme une aile d’avion, et qui possède une marquise impressionnante. Puis sous celle de Total. Massive, multiple, étonnante. En passant derrière le CNIT pour rejoindre La Grande Arche, j'ai vu sortir de terre le pouce de César. Cela n’a pas plu à mon fils. C’est vrai que je n’aime pas beaucoup ce pouce non plus. A contre-jour, on dirait une merde défiant les lois de la pesanteur. Ca pouvait ressembler à une bite aussi. Je l’ai dit à mon fils en précisant que, dans un langage châtié, on disait « une forme phallique ». Me souvenant de la rétrospective vue au Jeu de Paume il y a quelques années, et de toutes les belles œuvres que je connais, j’ai dit à mon fils qu’il n’avait pas fait que des pouces, qu'il était, comme Calder, un grand sculpteur.
L’Arche était sans conteste la plus belle œuvre de cette exposition géante. Le prix pour monter sur le toit était raisonnable. Et puis, qu’aurait-on fait si on n’était pas monté sur le toit - la promenade dans ce monde minéral ne semblant pas passionner mon fils? Moi, je pourrais y passer des heures. Je trouve cet endroit tellement étrange. Minéral mais aéré. J’ai l’impression d’être dans un autre monde, presque sur une autre planète. Quand j’ai dit à mon fils que j’aimais cet endroit, que je trouvais qu’il y avait autant d’air ici et d’immensité qu’au bord de la mer, il m’a regardé bizarrement. C’est là que j’ai compris que ça ne lui plairait pas que l'on se promène durant des heures ici.
On est donc monté sur le toit de l’Arche. La montée dans les ascenseurs en forme d’œufs transparents était impressionnante, comme un tour de manège. Je ne me suis pas moqué de la peur de mon fils. Je ne lui ai pas dit bêtement d’être un homme. Je l’ai laissé se rapprocher de moi et tenir mon bras. Et ce fut une belle montée. Plaisir de sentir mon fils si proche de moi, de le réconforter sans le mettre mal à l’aise vis-à-vis des autres personnes présentes. Cette communication silencieuse fut un grand bonheur.
On est d'abord tombé sur des peintures en 3D. Des portraits. Il fallait regarder un point blanc au milieu pendant trente secondes, et ensuite fermer les paupières ou regarder un panneau blanc à côté. L’image apparaissait comme un hologramme que notre esprit avait recréé.
Le musée de l’informatique ensuite. Mon fils fut très impressionné - et moi aussi - en voyant qu’il y a moins de 50 ans, les entreprises qui voulaient un ordinateur devaient y consacrer une pièce entière (et sûrement un gros budget) avec un disque dur gros comme une cuisinière et d’autres modules de connexion de la taille de réfrigérateurs. Une chambre d’étudiant taquinant l’informatique dans les années 80 était reconstituée. Impossible de télécharger quoi que ce soit à l’époque était-il précisé, pour une chanson, il aurait fallu attendre 24h.
En voyant le coin des jeux vidéo, des souvenirs me sont revenus. Quand nous allions, avec mon frère aîné et les voisins, durant ma préadolescence, dans les cafés. Pour jouer justement, au flipper et aux jeux vidéo. Est-ce que je suis né vieux ? Je trouvais déjà ces jeux trop modernes, trop complexes pour moi. Je préférais le flipper. Mon fils a joué un bon moment à un jeu de guerre avec des avions et un porte-avions. J’en ai parlé aux collègues avec émotion aujourd’hui. Ils se souvenaient de ces jeux eux aussi.
Pour finir, une vue intéressante sur Paris. Rien à voir avec celle que l’on peut avoir depuis Montmartre ou Montparnasse. Puis un film sur la construction de L’Arche. Impressionnant là encore. Nous retournerons sûrement là-bas un jour, dans quelques mois ou dans quelques années.
Avant La Défense, le matin, seconde séance de méditation. Beaucoup mieux que la première. En plein air, dans un jardin de Rosny, sous des palmiers de Chine. Je connaissais ce parc et espérais y trouver un endroit pour méditer. J'ai trouvé cet endroit. Peu fréquenté, caché par la végétation, parce que je ne me verrais pas rester immobile devant tout le monde pendant vingt minutes.
J’ai vécu de belles choses. C’était beaucoup mieux que dans ma chambre. Ai eu l’impression d’être dans le truc, contrairement à la première fois. A un moment – ça n’a pas duré longtemps -, je me suis retrouvé dans un état ni triste ni gai mais dans lequel je me sentais vraiment bien. Alors qu’habituellement, je n’aime pas le milieu. Je vis en haut ou en bas. Des moments d’émotion aussi, probablement dus à la soirée d’hier. En poursuivant ma lecture du livre, j’ai trouvé un passage qui ressemblait à ce que j’avais vécu.
Page 78 (L’art de la méditation, Matthieu Ricard) :
" Pacifier complètement l’esprit en ayant recours à l’attention soutenue et enthousiaste afin d’abandonner tout attachement aux expériences méditatives. Celles-ci peuvent revêtir plusieurs aspects tels que la félicité, la clarté ou l’absence de pensées discursives, et se traduire aussi par des mouvements spontanés d’allégresse ou de tristesse, de confiance inébranlable ou de peur, d’exaltation ou de découragement, de certitude ou de doute, de renoncement aux choses de ce monde ou de passion, de dévotion intense ou de vues négatives. Toutes ces expériences peuvent survenir sans raison apparente. Elles sont le signe que de profonds changements se produisent dans notre esprit. Il faut se garder de s’identifier à ces expériences et ne pas leur accorder plus d’importance qu’aux paysages que l’on voit défiler par la fenêtre d’un train. Grâce à l’attention parfaitement pacifiée, ces expériences s’évanouiront d’elles-mêmes sans troubler l’esprit, et celui-ci connaîtra alors une profonde paix intérieure. »
Toutes ces expériences peuvent survenir sans raison apparente.
Ne pas leur accorder plus d’importance qu’aux paysages que l’on voit défiler par la fenêtre d’un train.
 
Mardi 17 mars 2009

Des nouvelles pour Florence :
"Moi, je continue ma route. Et, comme toujours je bouge - avec ma psy en particulier - je suis rarement stable. Mais je ne suis pas malheureux. J'avance, je sais que je vais vers le mieux.
Autre chose, en plus de ma psy, m'a perturbé ces derniers temps : une rencontre.
Je m'étais inscrit sur un site libertin pour rencontrer des couples (homme bisexuel de préférence) et j'ai été contacté par un gay.
Mes photos lui avaient plu. Et, comme il ne se passait pas grand-chose côté couple, comme j'avais envie qu'il se passe des choses, comme avec mon ancien amant on ne se voit plus, bref, j’ai réfléchi et sauté sur l'occasion.
Il s'habille en femme et jouit par le cul de façon étonnante. Sans éjaculer. Ce qui fait qu'il peut jouir plusieurs fois dans la même soirée. On se raconte des trucs. C'est un peu psychanalytique parfois. Une véritable relation humaine est en train de s'établir.
C'est un ancien avocat qui n’est plus avocat suite à une déprime. Il a 42 ans. Il est maintenant l'assistant d'un couturier.
Il a perdu son frère et sa sœur dans un accident de voiture. Son père est décédé d'une maladie. Une seconde psychothérapie, je pense, ne lui ferait pas de mal - rendrait en tout cas nos rendez-vous moins psy.
Tout cela me secoue parce qu'avec lui je suis "actif" - je n'en ai pas l'habitude. Cela doit faire bouger des choses en moi, dans mes émotions, dans mes schémas psychoaffectifs. Cela réveille aussi sûrement ma vieille peur de l'homosexualité. La peur de me découvrir homosexuel, pour être plus précis. Mais ces perturbations ne vont pas durer six mois. Tout va bien. Dans quelques semaines, cela ira mieux.
Je ne t'oublie pas pour l'expo. Porte-toi bien. Ce sera un grand plaisir de te revoir. »
 
Mercredi 18 mars 2009

Lundi soir, j’étais excité. J’avais envie de me masturber. Ne sachant pas sur quoi porter mon esprit, je l’ai laissé choisir ce qui lui plaisait. Et je me suis retrouvé avec Antoine dans son vestibule pour de délicieux préliminaires. J’ai joui assez vite, sans rien imaginer d’extraordinaire. Preuve que cette relation me convient.
Je suis depuis quelques jours (une semaine ?) en relation avec un couple. Mais nous n’avons jamais le temps de nous parler. Ils sont enseignants et défendent l’école de la République en ce moment. Ils n’ont en conséquence pas trop la tête au sexe. On s’envoie un e-mail de temps en temps pour s'assurer que l’on est toujours en relation.
Je contacte d’autres couples sur le site libertin, mais n'obtiens pas de réponse. Je songe de plus en plus souvent à me trouver un nouvel amant pour remplacer l’ancien. Antoine ne comblant pas ce qui me manque. Pour parler un crument, cela me démange de plus en plus de me faire baiser.
Des petits soucis de santé. Depuis plusieurs mois, j’ai du mal à pisser. Mon jet manque de pression. Cela a fini par m’inquiéter. Je suis allé voir le médecin (il y a deux semaines environ) puis j’ai fait des analyses et une échographie. La prostate semble saine mais déforme la base de la vessie. En conséquence, une pression plus importante est nécessaire à l’intérieur de cette dernière pour que j’aie envie de pisser. Et, quand j’urine, avec un faible débit, la vessie ne se vide pas complètement...
J’ai revu le médecin hier avec les résultats des analyses et des échographies. Elle m’a parlé d’opération, en me précisant qu’il y avait un risque par rapport à l’érection et qu’il valait mieux attendre. J’étais tout à fait d’accord avec elle. Mieux valait commencer par un traitement médicamenteux, ou apprendre à vivre avec cette gène. De toute façon, il faut que je voie un urologue, beaucoup plus calé qu’elle pour ce genre de choses. J’ai rendez-vous dans une semaine.
J’ai eu une otite aussi. Isis m’a dit que je lâchais des choses, que des choses bougeaient en moi. Je veux bien la croire.
A part ça, je continue la méditation. Sérieusement. Vingt minutes par jour. Je n’ai pas renouvelé l’expérience dans ma chambre. Nous avons la chance d’avoir un temps de printemps et un soleil d’été en ce moment. Je vais au jardin, sous les palmiers de Chine. Et c’est du bonheur. Mon dos s’habitue à la verticalité et je souffre moins. Au quotidien, je me rends compte lorsque je marche que je me tiens plus droit, sans efforts particuliers. Je m’aperçois aussi que je profite mieux de mon temps, que je fais des choix plus affirmés et que je me disperse moins. Je me retrouve en conséquence plus calme, moins anxieux ou stressé. Et tout cela m’encourage à continuer. D’autant que je suis en train d’atteindre les objectifs que je m’étais fixé avec ma psy : améliorer mes relations avec les autres, avec ma famille d’enfance en particulier. De plus, avec Féline, Antoine, Florence, le couple, je me sens à nouveau relié à d’autres humains. Et cela me fait du bien.
 
Jeudi 19 mars 2009

Mon fils m’a fait un sale coup hier. On avait rendez-vous à 13h45 pour manger ensemble. Je l'appelle quand j’arrive et il me répond : « ah bon… mais... non… » Il semblait gêné. Je lui dis de sortir pour que l’on se parle. Je suis énervé. Je ne me vois pas aller une fois de plus dans son sens et patienter au café pendant que Monsieur fait ce dont il a envie sans me prévenir. J’attends. Il ne vient pas. Je rappelle. Je tombe sur sa mère qui m’explique qu’il y a un quiproquo, qui m’invite à entrer.
Je raconte l’histoire à mon Ex. On avait convenu dimanche, pour ne pas s’ennuyer le mercredi, de manger ensemble, de se promener ou de faire autre chose avant que je ne le ramène chez lui. Dimanche soir, après réflexion, il m’avait laissé un message pour me dire que manger ensemble le mercredi ne devait pas être systématique. « Bien sûr, lui avais-je répondu (sur son répondeur) tu as tout à fait raison, cela dépendra du temps, de ce que l’on veut faire, il faudra qu’on s’appelle la veille, etc., mais, pour ce qui est de mercredi prochain, on change rien, on mange ensemble, on aura le temps de parler tout ça... » Et, comme il ne m’a jamais rappelé, je me suis imaginé qu’il n’y avait pas de problème.
Je suis dans sa chambre, avec lui et mon Ex, je suis toujours énervé, je mets les choses au point et j’apprends que mon cher fils n’a pas pris la peine d’écouter mon message depuis dimanche! J’apprends qu’avec mon Ex, qui travaille le soir, ils ne font que se croiser durant la semaine, et que le déjeuner de mercredi est un moment privilégié pour eux – ce que je ne savais pas, ce que ni elle ni mon fils ne m’avaient dit. Je leur explique à tous les deux que je veux respecter ce moment important, mais que je n’étais pas au courant, et qu’on peut couper la poire en deux, décider la veille, si le temps est mauvais, de manger ensemble de temps en temps.
Tout rentre dans l’ordre et nous décidons d’aller manger une pizza à côté, parce que mon fils a envie d’une pizza, de pizza au chorizo même. J’en profite aussi pour parler des vacances. Mon Ex a besoin de savoir si je peux passer une semaine en juillet avec mon fils – ça l’arrangerait – et, si c’est en août, que je lui dise rapidement si ce serait possible la première semaine – parce que ça l’arrangerait aussi. « En juillet ce n’est pas possible, je vais voir les dauphins avec Bruno, je lui réponds » Elle ouvre alors de grands yeux. « Je l’ai proposé à C. mais il a toujours peur de prendre l’avion. » De plus grands yeux encore, comme si c’était elle qui ratait ce voyage. Mon fils, encore une fois, n’avait rien dit. Les chiens ne font pas des chats me dira Isis un peu plus tard quand je lui raconterai cette histoire.
Restaurant. Il n’y a pas de chorizo. On prend une orientale. Avec des merguez. J’ai soif. J’ai peur d’être frustré avec un quart de vin. Je prends un demi-litre. Que je finirai. Skate park au soleil.
 
Samedi 21 mars 2009

La mise au point avec mon fils a porté ses fruits. Je me suis bougé les fesses pour organiser nos vacances d’été. Et, vendredi 27, je l’emmène au spectacle.
Les vacances, comme l’été dernier, ce sera du côté de Cherbourg, mais pas à l’hôtel, au camping, et le but ne sera pas de découvrir ce merveilleux endroit mais de pratiquer la voile et le char à voile. Cerise sur le gâteau, les stages sont ouverts à tous à partir de 10 ans. Je me suis donc inscrit avec lui. Sans lui coller au cul, cela me fera plaisir de faire de la voile avec lui, de lui apprendre ce que je sais, comme mon père l’a fait avec moi. J’espère aussi qu’il y aura d’autres enfants et qu’ils pourront pratiquer ensemble.
Soirée agréable à La Ferme du Buisson hier. Bertrand m’avait appelé en fin d’après-midi pour me dire qu’il était fatigué et qu’il ne m’accompagnerait pas. J’ai décidé d’y aller seul. Concert « électro » en petit comité. Une ambiance privée, familiale.
J’étais arrivé en avance pour manger un plat au restaurant - là où nous avions dîné la dernière fois avec Bertrand, quand nous avions raté Poni Hoax. Aussi pour revoir la patronne qui ressemble à ces femmes sur papier glacé sur lesquelles on se branle. Hélas, le restaurant était réservé pour une soirée spéciale. J’ai repris ma voiture et j'ai trouvé un chinois un peu plus loin.
Je ne me suis pas senti mal à l’aise au concert (effet méditation). Même lorsque l’on a dû attendre le premier groupe – Dajla. J’ai bu un café, je me suis réchauffé avec d’autres personnes auprès d’un brasero, sans me sentir gêné, sans me sentir obligé de faire connaissance, de partager quelque chose, sans me dire que ces gens devaient remarquer que j’étais seul, et que c’est toujours bizarre d’être seul, triste aux yeux des grégaires. Ensuite, jusqu’à minuit et demi, durant les deux concerts, je n’ai bu que deux bières. Je n’avais pas besoin de boire pour être bien. Je trouvais ma place partout ou j’allais. J’appréciais d’être là avec les autres pour écouter la musique, d'être avec les artistes aussi qui donnaient le meilleur d’eux-mêmes sur scène. J’avais plaisir à découvrir une musique que je ne connaissais pas. Mon corps se sentait libre, allait où il voulait, dansait doucement, imperceptiblement. Découverte d’un autre monde, comme à La Défense. Une façon de voyager sans bouger beaucoup.
Après Dajla, qui m'a plu, même si je trouvais qu’il manquait quelque chose pour que ce soit vraiment bien – la voix peut-être, pas assez particulière, originale ou affirmée -, j’ai pris mon pied avec General Elektriks. Des fous. Une musique de fou. Changeante et agréable. C’était beau de les voir jouer et mouiller leur chemise sur scène.
Après le concert, j’ai attendu que l’ambiance se calme, que ceux qui avaient envie de rester se dirigent vers le bar, que cette soirée s’apaise et se termine. J’ai attendu le bon moment en fait pour partir.
Première méditation de trente minutes ce matin. Un bonheur. Mon dos s’habitue. Je ne souffre plus - presque plus - de me tenir droit « les vertèbres empilées comme des pièces d’or ». Idem pour la concentration. J’arrive à fixer mon attention sur ma respiration ou sur un objet quelconque devant moi, la partie d’un arbre le plus souvent.
Vais attendre de progresser encore, d’avoir une concentration plus intense pour pratiquer d’autres exercices. Vais relire aussi le livre de Matthieu Ricard, en notant ici et là des passages, pour moi et pour les partager sur mon blog.
Du coup, pas de speed aujourd’hui. Je fais les choses tranquillement. Je viens par exemple, à 15h30, de remettre la lessive à plus tard, et je ferai peut-être de même avec les courses, pour me rendre disponible pour Isis, au cas où elle voudrait se faire un ciné ou autre chose après le marché.
 
Dimanche 22 mars 2009

La discipline semble porter ses fruits. Je vais bien. Pas d’alcool, pas de déprime. Toujours huit heures de sommeil, toujours la méditation.
Bouffe entre voisins hier. J’ai remarqué une chose que je n’aurais sûrement pas remarquée avant, mais qui, cette fois, l’effet de la méditation je suppose, m’a sauté aux yeux comme une bite au cul - pour reprendre une expression de mon ex-beau-père. Alors qu’on me demandait de raconter mon parcours, j’ai oublié l’essentiel. C’est-à-dire que je l’ai raconté comme si j’étais un artiste raté, alors que je ne me considère pas comme un artiste raté. En fait, ce parcours particulier, ces quinze années d’enseignement à contre cœur dans ma discipline sportive sans chercher de meilleure voie, sont sous-tendues par mon ambition artistique : écrire, et par une prétention qui m’a longtemps fait croire que j’allais être riche et célèbre à 35 ans. Ma situation professionnelle, même si elle me pesait, devenait secondaire, puisque passagère. Je m’en veux aujourd’hui de ne pas avoir dit tout cela clairement.
A peine avais-je fini de raconter mon histoire que j’ai senti dans ma poitrine quelque chose de bizarre. Une frustration, une voix qui aurait pu me dire : « Qu’est-ce que tu racontes ? C’est pas du tout comme ça que ça s’est passé ? Tu oublies l’essentiel! Tu as honte de toi ou quoi ? » Et, je le répète, avant la méditation, il est fort probable que cette sensation, j’aurais fait comme si je ne l’avais pas ressentie, ou bien je lui aurais donné un tout autre sens, du genre : « C’est normal que tu ne me sentes pas bien. Tu ne me sens pas bien en société. Et puis, cela te met mal à l’aise de parler de toi, de parler de cette époque de ta vie… » Bref, je me serais arrangé pour ne pas voir, pour ne pas ressentir, pour ne pas interpréter tout cela afin de n’être pas dérangé…
Est-ce que j’ai peur de dire que je me considère comme un écrivain ? Que j’y travaille chaque jour ? Que c’est une activité importante pour moi ? Ou bien j’ai honte d’avouer qu’à une époque j’ai été naïf au point de croire que j’allais être rapidement riche et célèbre ? Peur de la moquerie, de l’image que j’aurais donnée de moi. Peut-être tout cela à la fois…
Suite cette désagréable sensation, j’ai réagi assez rapidement et songé à préciser ce qui n’avait pas été dit. Mais Isis racontait maintenant son parcours. J’ai eu peur de m’étaler, d’étaler mon égo sur la table en ramenant la conversation à moi juste après qu’Isis ait parlé d’elle, en coupant éventuellement la conversation qui aurait suivi. J’ai décidé de ne pas le faire. Encore une fois, pour ne pas être mal vu, égotique. Mais je n’oublierai pas ce moment.
Lecture le soir, dans Les Nouvelles Clés, d’une interview très intéressante d’Annick de Souzenelle.
Mais je ne peux en parler. Il faut que je relise l’article d’abord.
 
Lundi 23 mars 2009

J’ai relu l’article. Impossible d’en tirer des petits bouts intéressants, car tout est intéressant, tout se tient. Si j’ai le courage, je le recopierai en entier et créerai une catégorie Annick de Souzenelle sur mon blog. C’est important, parce qu’en écoutant des gens comme elle, les chrétiens auraient une chance de devenir moins cons, bien que je pense qu’il soit trop tard, que cette religion a mal vieilli et qu’il est temps de la laisser mourir. Je ne parle pas dans mon Journal des propos de Benoit XVI mais je n’en pense pas moins et, s’il reste encore un dieu, il est avec moi, et a sûrement placé à la tête de l’église ce zozo pour mieux en précipiter la chute.
A part ça, je me suis gelé au skate park.
Une conversation téléphonique avant avec mon Ex. Mon fils avait changé d’avis. Pour voir les dauphins, il était prêt à surmonter sa peur de l’avion. Je lui ai dit que j’allais me renseigner, que ce genre de séjour n’était peut-être pas ouvert aux enfants, aux familles. Je ne serais surpris non plus si mon Ex avait usé de son fort pouvoir de persuasion pour provoquer ce revirement.
Côté rencontres, ça avance. Suis en relation avec plusieurs couples, et avec un gay.
Costa Gavras le soir. Une femme avocat défend son père accusé de crimes de guerre. Avec l’aide de son ex-belle-famille, et d’autres concours de circonstances, elle finit par gagner le procès. Mais elle finit aussi par découvrir que son père a réellement été un monstre pendant la guerre. Terrible situation. Qu’Isis n’a pas pu apprécier puisqu’elle s’est endormie à la moitié du film.
Nous avons fait l’amour le matin, dans un demi-sommeil, avant de nous rendormir.
Pas de méditation hier, mais pas de stress non plus. Je vais bien. Une « marche attentive » tout de même au skate park pour remplacer la séance de méditation – aussi pour me réchauffer.
 
Mardi 24 mars 2009

La responsable de « Conscience Dauphins » m’a répondu assez vite. Bien sûr que c’était possible. Mais je lui ai répondu ce que j’allais dire bientôt à mon fils. A savoir que j’allais d’abord y aller avec Bertrand comme c’était prévu, et qu’ensuite, si c’était vraiment bien, je ferai les économies nécessaires pour l'emmener.
Parce qu’on ne s’est pas shooté au whisky ? Antoine n’avait que du vin blanc à me proposer, la soirée fut moyenne hier.
Le film à la télé était bon pourtant. Marc Dorcel. Des femmes superbes, comme je les aime, avec la grosse queue de Rocco Siffredi.
Antoine, fidèle à lui-même, a joui plusieurs fois. Et moi, je l’ai enculé plusieurs fois. La dernière fois, j’étais allongé sur le dos et lui assis sur ma queue, mais j’ai débandé après qu’il ait joui.
Je n’avais pas la tête à ça, une partie de moi était ailleurs, et puis, je ne sais pas s’il avait été malade, ou s’il avait trop bu ces derniers jours, mais sa bouche avait un arrière goût de vomi. Pas très agréable pour embrasser.
J’ai joui, comme la dernière fois, dans sa bouche.
J’en saurai plus lundi prochain. Peut-être qu’il ne me plaît pas assez, peut-être que j’en ai marre de ne pas me faire enculer, peut-être que je ne suis définitivement pas « actif » ? Peut-être que la méditation me change ?
Fantasmes et plaisirs sexuels sont, chez moi, je le sais, des sortes d’antidépresseurs, des évasions pour compenser le manque de plaisir de vivre au quotidien. Il est possible que la méditation commence de bouleverser ce fonctionnement.
Pas d’électricité hier soir en rentrant. J’ai réveillé Mohamed pour le lui dire, à cause de tout ce qu’il y avait dans le congélateur. Mais il était déjà au courant. Il m’a dit que c’était le quartier, pas la maison. Pas d’électricité non plus ce matin au réveil.
 
Mercredi 25 mars 2008

J’ai enfin terminé Not to be. J’aurai mis du temps à lire ce petit livre (par la taille). Plusieurs mois. Parce qu’il ne me plaisait pas. Du coup, j’ai abandonné l’idée de lire tout ce qu’avait écrit Angot. Depuis Rendez-vous, j’étais remonté jusqu’à L’inceste, sans oublier Le marché des amants, publié entretemps. Et ça m’avait plu. Les difficultés ont commencées avec L’inceste. Vraiment difficile pour moi ce genre de livre. Pas par rapport au thème, par rapport à la forme. Une torture.
Pourtant, j’aime l’écriture d’Angot, même dans Not to be. Mais je ne vais pas me faire du mal en lisant ses autres livres – Léonore, toujours, Interview, Les Autres, Sujet Angot. J’attendrai qu’elle en sorte un nouveau.
Bonne séance psy. Peu impliquante pour moi. Méditation dans le train.
Ai oublié de signaler hier que, pour une fois, je n’avais pas oublié de demander à Antoine des nouvelles des photos qu’il avait prises de moi. On les a regardées lundi soir, quand on a fait une pause entre deux séances. Il a sur son ordinateur un logiciel qui rend le visionnage agréable. Les photos défilent sur l'écran dans des plans plus ou moins larges, de façon mouvante et aléatoire, comme si un cinéaste filmait des scènes immobiles.
A part une ou deux photos, rien d’extraordinaire. L’intérêt de ce visionnage est que je me suis rendu compte, sans déplaisir, que j’avais vieilli. Mon corps n’était plus celui que j’imaginais. De moins en moins musclé et de plus en plus mince. J’ai donc depuis une image plus juste de ce que je suis aujourd'hui.
Antoine m’a dit aussi qu’il n’avait pu aller voir mon Journal sur Blogger. Nous y sommes allés ensemble. Je lui ai montré comment accéder au début du récit. Il est maintenant des ses « favoris ». Je ne sais pas ce qu’il en pensera, mais je suis sûr que c’est une démarche intéressante que de partager cela avec lui.
 
Samedi 28 mars 2009

Hier soir, après avoir déposé mon fils – nous étions allés voir Fanfarerie Nationale à Bagnolet (pas mal du tout) –, il était 23H et j'ai décidé de ne pas rejoindre Isis. Je me suis dit aussi que je ne serai jamais équilibré, détendu, que j’abandonnais cette idée.
Je n’ai pas rejoint Isis parce qu’elle faisait autre chose, avec d’autres gens – un concert – et parce que je n’allais pas bien. Parce que j’avais envie de continuer ma vie d’artiste, de recopier l’interview d’Annick de Souzenelle dans les Nouvelles clés.
A côté de mon lit, il y a en ce moment Bukowski, Cioran et Léautaud.
Je lis au hasard un poème de Bukowski, puis une page de Cioran. Enfin, je poursuis mon aventure avec Léautaud.
En une demi-heure, je trouve mon bonheur.
Je me sens bien avec eux.
 
Dimanche 29 mars 2009

Ma relation avec Isis est en train de devenir platonique.
 
Lundi 30 mars 2009

Hier soir, il s’est passé quelque chose de bizarre et de désagréable : je me suis mis en colère.
On venait de voir un drôle de film de Cronenberg à la télé, sur la violence, plutôt raté selon moi, et Julie, la fille d’Isis, était venue à l’ordi pendant le film pour s’en servir de dictionnaire d’espagnol. Je pense que ça m’a énervé déjà. Ensuite, il y a eu un truc assez court sur le sport, Stade 2, un résumé. Et, pour une fois, ça m'intéressait. J’étais curieux d’avoir des nouvelles de la F1. Une écurie inconnue avait fait un malheur dès le premier grand prix. Et puis il y avait du vélo aussi, sur piste. Cela me rappelait des vacances au bord du lac d’Aiguebelette. Mon père passionné par Daniel Morelon. Bref, ça m’intéressait et les filles ont commencé à se foutre de ma gueule. Gentiment probablement, seulement, je n’avais pas envie de rire. A ma plus grande surprise, je parti alors dans une tirade proche de l’insulte. Je me souviens leur avoir dit que je les trouvais prétentieuses. Prétentieuses et intolérantes. Que sous leurs airs « solidaires » et altermondialistes - l’humain avant tout, je les trouvais intolérantes et irrespectueuses. Je les aurais traitées de bobos à deux balles si le mot m’était venu.
Cette tirade n’a pas duré longtemps, cinq ou dix secondes, mais ça a jeté un sacré froid. Julie est partie en râlant. Et sa mère est allée se poster devant la vaisselle. Moi, je me suis retrouvé seul, secoué et tremblant parce que je n’ai pas l’habitude de m’énerver comme ça. Je ne savais pas quoi faire. Je n'avais pas envie de m’expliquer. Cette sale ambiance me pesait. J'ai décidé de partir. Je suis allé chercher mon sac, me suis approché d’Isis pour lui dire que je n’avais pas envie de rire - parce que sa fille, en partant, avait dit un truc du genre : "si on peut plus rigoler…" - et je suis parti.
Avant le film raté de Cronenberg, on était allés voir Welcome en fin d’après-midi au cinéma. Beau film. Bien que j’aie trouvé la fin un peu too much, mélodramatique. Mais je me suis tu. Isis avait trouvé le film tellement merveilleux que je ne voulais pas gâcher son plaisir. On a parlé de la société en général, des riches et des pauvres et des malheurs du monde.
Parfois, lorsque l’on discute, je suis obligé d'élever la voix pour me faire entendre, de lui demander de me laisser terminer ce que je suis en train d’essayer d’exprimer avant qu'elle ne me coupe, car elle reprend souvent la parole, comme si la discussion avait un enjeu. Cela ressemble vite à un affrontement en fait pour savoir qui a raison, ou plutôt, sur ce genre de sujet, qui a le moins tord. Et ça ne m’intéresse pas de me disputer comme ça pour ça. Alors, souvent, je le laisse filer, fais en sorte que l'on change de sujet. Mais ça me fait quelque chose, émotionnellement, de laisser filer, comme une parole impossible. Et c’est la deuxième fois en peu de temps que cela nous arrive.
Sans parler de ses reproches qui me blessent, comme quoi je ne dis rien sur moi et qu’en conséquence on ne parle que de la pluie et du beau temps… Et, quand je fais le clown, joue sur la dérision, ça ne la fait pas rire… Elle ne comprend pas.
Entre Welcome et le dîner, après un rhum au sucre de canne, en fumant une cigarette dans la cour, je faisais un triste bilan de notre relation. Je me disais qu’on ne pouvait pas parler ensemble, que je ne la faisais pas rire et que son côté actif, toujours sérieux, ne me faisait pas rire non plus. Je me disais qu’on ne faisait pas l’amour et que, de toute façon, quand on le faisait, c’était de façon ordinaire, parce que le sexe ne l’intéressait pas, parce qu’elle avait toujours plus ou moins vécu sans. Qu’est-ce qu’il nous restait ? La tendresse ? La chaleur et l’affection avant de s'endormir, et en dormant ? Un sentiment amoureux lié à cela ? Une forme de confort ? Je me disais que cela faisait bien peu pour qu’une relation soit viable.
Quelques jours auparavant, amoureux, détendu, je m’étais dit qu’il était temps que je lui pose des questions sur son désir. Est-ce que la ménopause avait un rôle là-dedans ? Est-ce que c’était Nous ? Moi ? Ses sentiments ? Et le sexe, est-ce que ça lui manquait ? Est-ce qu’elle en avait encore envie parfois ? Hélas, je suis parti comme une fusée. Je les ai presque insultées, elle et sa fille. La discussion que je voulais avoir aura donc lieu, mais autrement, négativement.
L’après-midi, il y a eu un moment plus heureux que celui-là. Il y a trois semaines, mon fils m’avait prévenu qu’il avait une compétition d’escrime. Il me l’a rappelé plusieurs fois entre-temps. C’était donc important. Et j’y étais, avec bonheur. Il y avait là aussi sa mère et son mari, leur enfant et deux amies de mon ex. J’étais heureux d’être là avec eux.
Mon fils, débutant – il a commencé en septembre – était déçu de finir quatrième de sa poule (poule de six personnes). On l’a réconforté comme on a pu. Ensuite, les poules ont été remaniées et il a fini deuxième, accédant à la phase finale. Ça allait déjà mieux. Il gagne son premier duel, mais au second, il tombe sur un garçon beaucoup plus expérimenté et plus âgé, qui le dépasse de deux têtes. Il perd logiquement mais réussit tout de même à marquer deux points. L’autre gagnera le tournoi.
Second moment émouvant - en attendant le palmarès - un match de championnat de France national 2 féminin. La mère et les deux filles, plus une autre personne, forment l’équipe de Noisy le Grand. Elles perdront d’un point seulement face à Chatou. En plus de voir bouger ces gazelles, mon plaisir fut de revoir l’une de mes élèves gymnastes (c'était une des deux filles). Elle n’allait pas bien à l’époque. Ca avait l’air d’aller beaucoup mieux maintenant. Et j’étais content pour elle. Donc, en plus du plaisir de voir mon fils et la famille de ce dernier, j'eu le plaisir de revoir cette jeune fille devenue femme. Un plaisir d’autant plus important que je pouvais repenser à ces moments de mon passé sans souffrir. Il faudra que je remercie ma psy et Matthieu Ricard.
 
Mardi 31 mars 2009

Isis faisait une sale la tête hier quand on s’est dit « bonjour » au travail. Ensuite, à partir de 11h, je l’ai plus vue.
Je voulais lui parler, m’excuser, lui expliquer. Et puis j’ai fini par lui envoyer un texto à 19h, juste avant d’aller rejoindre Antoine :
« Je te présente mes excuses pour mon pétage de plombs d’hier. Il a du sens. On en reparlera, mais pas ce soir. Biz ».
A 18h30, Antoine m’envoie ça :
« Suis toujours dispo. Mais pas en super forme. Donc pas très chaud. Que veux-tu faire ? »
Je lui réponds :
« Moi non plus. On peut passer un moment ensemble malgré tout. Je ne partirai pas tard. A tout à l’heure j’espère. Tu me diras ».
Et puis il appelle alors que mon train arrive. Je n’entends rien à cause du bruit. Je pense qu’il veut s’assurer que rien de sexuel ne se passera ce soir. Je lui dis que j’arrive, que j’ai compris, qu’on passe juste un moment: on boit un verre, on discute et je m’en vais. Comme je ne vais pas très bien, je pense qu'une fois sur place, s’il ne veut pas que je monte, ce ne sera pas grave; cela m'aura fait une promenade, voyager jusqu’à l’Etoile et marcher dans l’avenue Kléber.
Il m’ouvre. Il veut bien me voir. Nous nous sommes compris et j'en suis heureux.
J’ai apporté une bouteille de Jack parce que le vin blanc de la dernière fois ne m’a pas plu et parce que je viens souvent les mains vides et lui siffle son whisky. Cela lui a fait plaisir.
Je lui ai raconté ce qui se passait pour moi, mon coup de sang chez Isis. Lui ai dit que parfois je me faisais peur, quand j’étais capable d’imaginer une longue histoire avec Isis et qu’ensuite, en cinq minutes, en fumant une cigarette dans la cour, j’étais aussi capable de faire un bilan désastreux et d’imaginer la fin. Je pense que mon pétage de plombs est lié à ce constat que j’ai fait avant le dîner.
Antoine m’a raconté d’autres choses. On a passé un bon moment tous les deux, sagement, sur le canapé. Un agréable moment, qui nous a fait plaisir à tous les deux.
Je ne sais pas quoi faire pour Isis. Je crois que je vais laisser passer du temps, essayer de lui parler quand je pourrai.
Depuis que j’ai rugi dimanche chez Isis, je me prends pour un lion. Finie l’envie de sagesse, de bien-être ou de sérénité. Il est plus important de laisser vivre le lion.